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Tag - biodiversité

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jeudi 7 février 2008

Vosges : quand les éoliennes menacent le Grand Tétras par Vincent Munier

J'ai très peu de temps en ce moment, donc voici un texte (en version intégrale, dont l'auteur à qui je cède volontiers ma place, est Vincent Munier) avec des photos évidemment prises par Vincent Munier*, photographe professionnel de renommée mondiale, et que je vous transmets avec sa cordiale autorisation (j'ai personnellement une grande admiration pour  les photos naturalistes de Vincent Munier, dont je vous laisse entrevoir la beauté sur son site...) Concernant son propos, j'ajouterai que l'implantation d'éoliennes ne doit pas devenir une source de nuisance !




                        Le Grand Tétras dans la tempête
Lorsque l’énergie renouvelable tente de s’imposer aux dépens de la biodiversité… Un paradoxe ? En fait, un vrai danger, qui plane au-dessus des crêtes vosgiennes, entre le col du Bonhomme et le col du Louschbach : cinq éoliennes  au pays du Grand Tétras, espèce au bord de l’extinction, qui n’avait nul besoin de cette menace supplémentaire.

Historiquement il s’agissait d’abord d’un projet interdépartemental comportant 6 éoliennes : 3 coté vosgien et 3 côté alsacien. Les Vosges (région Lorraine) ont refusé  le projet. Raison ?  Dégradation du paysage. Le porteur de projet, Ostwind, a donc totalement basculé sur l’Alsace.
La plaine d’Alsace, où souffle trop rarement le vent, n’offrant pas le site idéal pour l’implantation d’éoliennes, Ostwind a tourné le regard vers les crêtes vosgiennes, l’un des paysages les plus spectaculaires du Nord-Est de la France. Quitte à le défigurer… Mais là ne se limite pas le danger. C’est le lieu d’une grande biodiversité qui ne manquera pas d’être altérée par cette intrusion prévue sur une zone d’habitat du Grand Tétras.
Ce coq de bruyère est l’oiseau emblématique par excellence de notre massif, l’un des plus beaux symboles des forêts à haute naturalité, riches en espèces animales et végétales.
Le danger qui guette ce magnifique animal n’est pas une vue de l’esprit d’écolo-paranos. Quelques chiffres suffisent à prendre la mesure des dégâts : on recensait 500 grands tétras en 1972, 350 en 1989, et seulement 100 en 2007… (Source : Groupe Tetras Vosges/ ONCFS ) Combien en restera-t-il en 2010 ?
 Ces dernières années, les acteurs de la montagne dont le CSL (Conservatoire des Sites Lorrains), le GTV (Groupe Tétras Vosges), l’ONF (Office National des Forêts) et le PNRBV (Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges) ont énormément travaillé en faveur de cette espèce, notamment dans le cadre de la mise en place des périmètres Natura 2000. Et les résultats sont là : la population ne régresse plus. Sur certaines zones, elle a même  augmenté. Il y a donc bel et bien un espoir !
Ou plutôt il y avait un espoir… jusqu’à ce que surgisse cette idée incongrue d’éoliennes dans le paysage. Et cela à guère plus d’un kilomètre d’une des places privilégiées par cet oiseau pour y réaliser sa parade nuptiale, en période délicate de reproduction, pour laquelle la plus grande tranquillité lui est impérativement nécessaire.
On vient soudain y semer le trouble alors même qu’on y avait apporté la preuve qu’un effort commun peut arrêter un processus de régression.
Alors, bien sûr, non contents des conclusions des spécialistes vosgiens et pour donner le change, deux experts tétras choisis et payés par OSTWIND ont été dépêchés des Pyrénées et du Jura afin d’évaluer l’impact des éoliennes sur la zone, experts qui ont pris grand soin d’éviter de rencontrer les spécialistes vosgiens de l’espèce et qui, après une seule journée sur le terrain, en compagnie du porteur de projet Ostwind, ont délivré des conclusions d’une déconcertante légèreté. A commencer par des références au tétras lyre, une autre espèce de gallinacé qui ne présente pas du tout la même biologie.
Nulle part dans le rapport rendu par ces experts - visiblement débarqués avec un à priori favorable au projet - il n’est fait mention de la situation critique de l’oiseau, dont la population s’avère la plus fragile de France ! Et c’est pourtant bien elle qui va, dans les faits, servir de « cobaye » pour évaluer l’impact des éoliennes sur l’espèce.
Nombre de données nous sont encore inconnues concernant cet oiseau et son environnement. Dans ces conditions, le bon sens voudrait que s’applique le principe de précaution.
Manifestement il fallait coûte que coûte démontrer la totale innocuité de ces cinq éoliennes sur leur site d’adoption. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Le piètre bilan énergétique de ces cinq appareils justifie-t-il qu’on défigure les crêtes vosgiennes (hauteur totale de 149 mètres à comparer aux 142 mètres de la cathédrale de Strasbourg…), l’un des derniers bastions de la nature sauvage dans le Nord-Est de la France ?
Mon métier de photographe naturaliste m’amène à réaliser des conférences et projections partout dans le monde. Et donc à montrer les clichés de ma région, les Vosges. Récemment des personnes comme Kathy Moran (chief editor photo du National Geographic de Wahsington) ou Rosamund Kidman Cox (chief editor du BBC wildlife magazine) se sont dites subjuguées par la beauté de ce massif à cheval sur la Lorraine et l’Alsace. Et avouaient leur surprise de ne pas en avoir entendu parler ! Car oui, les Vosges offrent ce caractère unique qui fait d’elles un magnifique écrin de nature, où se logent des perles rares et précieuses, dont le Grand Tétras. Mais pour combien de temps encore ?
Ce projet, s’il prend corps, engage la marche arrière dans la lutte contre l’extinction du Grand Tétras. Peut-on se permettre ce luxe ? Il est si facile de faire disparaître une espèce… Apparemment certains ne s’embarrassent pas de ce genre de questions. L’homme s’impose. Toujours un peu plus. Et s’interroge peu. A coup d’arguments fallacieux balancés pour la forme, il chasse d’un revers de main indifférent des questions aussi « secondaires » que le devenir des espaces naturels et des espèces sauvages.
C’est que le tétras joue, bien malgré lui, les empêcheurs de développer en rond (le tourisme, les routes, les exploitations en tous genres), tout en ayant « l’indécence » de ne pas rapporter un sou. Encore que ce coq de bruyère est un fleuron régional, le symbole de la richesse de notre milieu naturel. Mais comment traduire cette qualité en espèces sonnantes et trébuchantes ? La prise de conscience de l’importance, de la richesse d’un habitat authentique accueillant une faune diversifiée ne pèse pas lourd dans la balance économique…  Pire, l’argent tout puissant a même réussi l’exploit de faire baisser leur garde aux protecteurs locaux : quelques subventions supplémentaires opportunes, saupoudrage de mesures dites compensatoires, et certaines associations se sont détournées de la question…
Quelle tristesse.
Il n’est pas question de remettre en cause l’urgence, à tous les niveaux, de développer de nouvelles énergies, renouvelables qui plus est. Mais dans la précipitation, prenons garde de ne pas sacrifier un pan de la nature pour en sauver un autre. Car lorsque le processus de destruction est engagé en matière de biodiversité, il s’avère extrêmement difficile de faire machine arrière. En l’espèce, il est urgentissime de s’en remettre au bon sens sans se laisser polluer par les sirènes, séduisantes mais purement mercantiles, de certains élus, de quelque bord politique qu’ils soient, et de certains promoteurs de projets. Le Grand Tétras vaut bien mieux que ça.
Le développement durable, ce n’est pas le sacrifice de la biodiversité sur l’autel des énergies renouvelables.
                                                                                Vincent Munier, le 31 janvier 2008



Simulation de l'implantation des éoliennes... Plus d'infos sur cette simulation, ici, cliquez sur le lien.

*Membre de l’ILCP : International League of Conservation Photographers

-Collaborateur au National Geographic Magazine (USA), Audubon Magazine (USA), Animan (Suisse), Terre Sauvage, Géo, Figaro Magazine, VSD .

-Laureat du BBC Wildlife photographer of the Year ( 2000-2001-2002-2004-2006)

Crédit photo Grand Tétras : Vincent Munier

jeudi 31 janvier 2008

Kokopelli condamnée, l'association a perdu ses deux procès !

Voici le communiqué publié le 29 janvier 2008 sur le site de l'association Kokopelli, qui vient de perdre les deux procès dont je vous avais déjà parlé, procès au pluriel contre la société Baumaux et à la fédération des industriels de la semence (FNPSPF). 
En très bref, l'association Kokopelli était accusée, par les semenciers industriels, de commercialiser des semences potagères de variétés anciennes. Ces gens là n'aiment pas perdre de l'argent. Le jugement et le couperet sont tombés. Ils ont eu la tête de Kokopelli ! C'était à prévoir,  hélas...

Kokopelli: biodiversité, la fin des illusions

Les verdicts sont tombés,  l'Association Kokopelli est lourdement condamnée :

      - 12.000 € pour le grainetier Baumaux

       - 23.000 € pour l'état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).

Il faut être réaliste : les semences que défend l'association Kokopelli, étant maintenues dans l'illégalité par une volonté politique, nous ne pouvions pas gagner ces procès.

Malgré les directives européennes, les avis de l'ONU, du Sénat, de scientifiques, d'agronomes affirmant l'urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l'état français refuse de libérer l'accès aux semences anciennes pour tout un chacun.

C'est ce qui permet aujourd'hui aux magistrats d'infliger ces lourdes peines à l'association Kokopelli.

Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M. Baumaux verra donc son bénéfice de 800.000 € augmenté de 10.000 € et recevra 2.000 € pour ses frais.

L'état français recevra 17.500 € au motif que KOKOPELLI vend des semences illégales, 5.000 € seront consacrés aux frais et à l'information du bon peuple sur les pratiques dangereuses de l'association KOKOPELLI. Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd'hui par le jeu des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.

Nous avons eu droit au grenelle de l'environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu'elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l'augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu'elles sont vendues par KOKOPELLI ou d'autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).

Les condamnations infligées à KOKOPELLI ne sont donc pas à chercher dans la nature des semences que protège l'association, mais dans ses actions.

L'association propose aux jardiniers, aux paysans, d'être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c'est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d'être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l'agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l'heure où l'on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d'assurer notre alimentation, propager l'autonomie semencière par l'exemple est devenu répréhensible. Ce qu'il faut retenir de ces condamnations, c'est la volonté affichée d 'éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.

Depuis 15 ans, KOKOPELLI protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes, tout en essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de la valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles : L'ETAT FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER. Aujourd'hui, la disparition potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l'uniformisation culturelle et productiviste agricole. La disparition de la « vraie » biodiversité basée sur la variabilité génétique d'une multitude de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.

Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l'ortie, les défenseurs de l'herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger  et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions, entre ses déclarations enflammées du Grenelle de l'Environnement et les condamnations qu'il obtient contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l'état français mettra un point d'honneur à prendre en réelle considération le devenir des générations futures.

L'association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile  non violente et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais maintenant, sauver la biodiversité est d'une extrême urgence. Si l'agriculture productiviste que protége le gouvernement se trompe, vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli aurons-nous ? Si nos élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier alimentaire ?

La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants. Une fois, vous avez pu revendiquer « responsables, mais pas coupables ». Devant la faim du peuple, cet argument ne tient pas.

N'obscurcissez pas l'avenir, il l'est déjà suffisamment.

Mais peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !

            Raoul Jacquin

mardi 8 janvier 2008

Les procès de Kokopelli, Semeur de Vie !

J'avais rédigé cette note sur l'association Kokopelli le 19/3/2006. Aujourd'hui, le 8 janvier 2007, l'association est en grande difficulté car elle croule sous les procès qui lui sont intentés par les semenciers et leurs représentants (GNIS*, FNPSP** ainsi que la Société Baumaux). Les raisons de ces procès (et condamnations) pourraient être résumées sans autres commentaires, à travers ces quelques phrases (extraites des attendus d'un des procès concernés) qui restent toujours d'actualité :
"Attendu qu’à l’inverse depuis quelques années (1999), une association sous le nom de KOKOPELLI au prétexte de remettre en valeur, dans les pays Européens, les anciennes variétés potagères, de les rendre de nouveau accessible aux jardiniers en organisant une production et une distribution de semences commercialise sur catalogue et sur Internet de très nombreuses graines".


Comme je le disais dans mes notes précédentes à propos des Salon Vivre Autrement et Ecobat (qui se tiennent jusqu'à lundi soir au Parc Floral de Paris), et puisque j'ai promis, juré, craché que je raconterai ma visite ici et là, dans les allées... voici un petit topo sur un stand où il y a plein de sachets de graines remplis des semences de Kokopelli. Kokopelli, c'est une association dont le but est :

- de remettre en valeur, dans les pays Européens une collection planétaire d'anciennes variétés pour les potagers et jardins (...) pour la rendre de nouveau accessible aux jardiniers. (...) A ce jour, ce sont 2000 variétés ou espèces qui sont distribuées par l'association, dont 550 variétés de tomates...

- d'oeuvrer dans le Tiers-Monde à la mise en valeur de techniques d'agriculture durable par le don de semences traditionnelles (...), la mise en place de réseaux paysans de production de semences et de centres de ressources génétiques.

Au fait, c'est qui, ce Kokopelli ?C'est un joueur de flûte bossu, symbole de fertilité, de fête, de longévité chez les Indiens d'Amérique du sud. Mais c'est aussi un petit malin qui a plusieurs casquettes à son arc, et qui fertillisent les femmes en accomplissant des tours de magie. Bref, c'est un drôle de Koko, ce Kokopelli !En plus, y veut changer la face du monde, avec ses petites graines... Moi qui jardine, à mes heures, je dis : "Longue vie à Kokopelli !"

* GNIS : Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants
** FNPSP : Fédération Nationale des Industriels de la Semence