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jeudi 31 janvier 2008

Kokopelli condamnée, l'association a perdu ses deux procès !

Voici le communiqué publié le 29 janvier 2008 sur le site de l'association Kokopelli, qui vient de perdre les deux procès dont je vous avais déjà parlé, procès au pluriel contre la société Baumaux et à la fédération des industriels de la semence (FNPSPF). 
En très bref, l'association Kokopelli était accusée, par les semenciers industriels, de commercialiser des semences potagères de variétés anciennes. Ces gens là n'aiment pas perdre de l'argent. Le jugement et le couperet sont tombés. Ils ont eu la tête de Kokopelli ! C'était à prévoir,  hélas...

Kokopelli: biodiversité, la fin des illusions

Les verdicts sont tombés,  l'Association Kokopelli est lourdement condamnée :

      - 12.000 € pour le grainetier Baumaux

       - 23.000 € pour l'état et la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).

Il faut être réaliste : les semences que défend l'association Kokopelli, étant maintenues dans l'illégalité par une volonté politique, nous ne pouvions pas gagner ces procès.

Malgré les directives européennes, les avis de l'ONU, du Sénat, de scientifiques, d'agronomes affirmant l'urgence de sauvegarder la biodiversité végétale alimentaire, l'état français refuse de libérer l'accès aux semences anciennes pour tout un chacun.

C'est ce qui permet aujourd'hui aux magistrats d'infliger ces lourdes peines à l'association Kokopelli.

Dans le cas du procès de la SAS Baumaux pour concurrence déloyale, M. Baumaux verra donc son bénéfice de 800.000 € augmenté de 10.000 € et recevra 2.000 € pour ses frais.

L'état français recevra 17.500 € au motif que KOKOPELLI vend des semences illégales, 5.000 € seront consacrés aux frais et à l'information du bon peuple sur les pratiques dangereuses de l'association KOKOPELLI. Les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd'hui par le jeu des croisements, sont donc devenues illégales et dangereuses.

Nous avons eu droit au grenelle de l'environnement : il faut sauver la biodiversité ! alors pourquoi condamner une association qui sauvegarde avec ses adhérents et ses sympathisants, plus de 2500 variétés en risque de disparition ? Pourquoi condamner ces semences dont la FAO reconnaît qu'elles sont une des solutions pour assurer la souveraineté alimentaire, face aux dérèglements climatiques et à l'augmentation de la population mondiale ? Pourquoi les mêmes variétés, selon qu'elles sont vendues par KOKOPELLI ou d'autres opérateurs entraînent condamnation ou mansuétude ? Pourquoi les grandes surfaces vendent des fruits et légumes issus des variétés interdites à KOKOPELLI, en toute impunité (en tout cas à notre connaissance).

Les condamnations infligées à KOKOPELLI ne sont donc pas à chercher dans la nature des semences que protège l'association, mais dans ses actions.

L'association propose aux jardiniers, aux paysans, d'être autonomes et responsables, face au vivant. Dans notre société du tout marchandise, c'est intolérable. Le plus grand grief (sous jacent) fait aux semences anciennes ou de pays, est d'être reproductibles et qui plus est adaptables à de très nombreuses conditions de cultures, sans le soutien de l'agro chimie. Voilà la faute de KOKOPELLI : conserver le levain des savoirs populaires, agronomiques et génétiques. A l'heure où l'on veut nous faire croire que le tout hybride, OGM, chimique, énergie fossile, sont les seules possibilités d'assurer notre alimentation, propager l'autonomie semencière par l'exemple est devenu répréhensible. Ce qu'il faut retenir de ces condamnations, c'est la volonté affichée d 'éradiquer les alternatives techniques et semencières autonomes.

Depuis 15 ans, KOKOPELLI protège la diversité de nos jardins, de nos champs, de nos assiettes, tout en essayant de faire évoluer le cadre juridique vers une reconnaissance de la valeur agronomique et culturelle des variétés reproductibles : L'ETAT FRANÇAIS NOUS A FAIT ECHOUER. Aujourd'hui, la disparition potentielle de KOKOPELLI ouvre un boulevard à l'uniformisation culturelle et productiviste agricole. La disparition de la « vraie » biodiversité basée sur la variabilité génétique d'une multitude de variétés locales ne sera jamais, et de très loin, compensée par la multiplicité de quelques variétés clonées.

Il est intéressant de noter la similitude des actions et de la répression envers les faucheurs volontaires, les amis de l'ortie, les défenseurs de l'herboristerie et KOKOPELLI : chacun cherche à sa façon, à protéger  et promouvoir la vie et la continuité des savoirs. Pour notre gouvernement, tout cela est devenu répréhensible ! Face à ses contradictions, entre ses déclarations enflammées du Grenelle de l'Environnement et les condamnations qu'il obtient contre les défenseurs de la biodiversité, gageons que l'état français mettra un point d'honneur à prendre en réelle considération le devenir des générations futures.

L'association KOKOPELLI a toujours proposé la résistance fertile  non violente et le dialogue, peut-être étions-nous trop en avance ? Mais maintenant, sauver la biodiversité est d'une extrême urgence. Si l'agriculture productiviste que protége le gouvernement se trompe, vous trompe, nous trompe, quelle stratégie de repli aurons-nous ? Si nos élus ont contribué à éradiquer notre patrimoine semencier alimentaire ?

La solution est dans votre camp, mesdames et messieurs nos gouvernants. Une fois, vous avez pu revendiquer « responsables, mais pas coupables ». Devant la faim du peuple, cet argument ne tient pas.

N'obscurcissez pas l'avenir, il l'est déjà suffisamment.

Mais peut-être faut-il lancer un appel : aux semences, citoyens !

            Raoul Jacquin

mardi 8 janvier 2008

Les procès de Kokopelli, Semeur de Vie !

J'avais rédigé cette note sur l'association Kokopelli le 19/3/2006. Aujourd'hui, le 8 janvier 2007, l'association est en grande difficulté car elle croule sous les procès qui lui sont intentés par les semenciers et leurs représentants (GNIS*, FNPSP** ainsi que la Société Baumaux). Les raisons de ces procès (et condamnations) pourraient être résumées sans autres commentaires, à travers ces quelques phrases (extraites des attendus d'un des procès concernés) qui restent toujours d'actualité :
"Attendu qu’à l’inverse depuis quelques années (1999), une association sous le nom de KOKOPELLI au prétexte de remettre en valeur, dans les pays Européens, les anciennes variétés potagères, de les rendre de nouveau accessible aux jardiniers en organisant une production et une distribution de semences commercialise sur catalogue et sur Internet de très nombreuses graines".


Comme je le disais dans mes notes précédentes à propos des Salon Vivre Autrement et Ecobat (qui se tiennent jusqu'à lundi soir au Parc Floral de Paris), et puisque j'ai promis, juré, craché que je raconterai ma visite ici et là, dans les allées... voici un petit topo sur un stand où il y a plein de sachets de graines remplis des semences de Kokopelli. Kokopelli, c'est une association dont le but est :

- de remettre en valeur, dans les pays Européens une collection planétaire d'anciennes variétés pour les potagers et jardins (...) pour la rendre de nouveau accessible aux jardiniers. (...) A ce jour, ce sont 2000 variétés ou espèces qui sont distribuées par l'association, dont 550 variétés de tomates...

- d'oeuvrer dans le Tiers-Monde à la mise en valeur de techniques d'agriculture durable par le don de semences traditionnelles (...), la mise en place de réseaux paysans de production de semences et de centres de ressources génétiques.

Au fait, c'est qui, ce Kokopelli ?C'est un joueur de flûte bossu, symbole de fertilité, de fête, de longévité chez les Indiens d'Amérique du sud. Mais c'est aussi un petit malin qui a plusieurs casquettes à son arc, et qui fertillisent les femmes en accomplissant des tours de magie. Bref, c'est un drôle de Koko, ce Kokopelli !En plus, y veut changer la face du monde, avec ses petites graines... Moi qui jardine, à mes heures, je dis : "Longue vie à Kokopelli !"

* GNIS : Groupement National Interprofessionnel des Semences et Plants
** FNPSP : Fédération Nationale des Industriels de la Semence